[Suisse] Non à l’immigration européenne11 min pour lire

Drapeau Suisse

Il y a plusieurs différences entre la Suisse et les autres pays européens.
Par exemple, en Suisse, il existe une réelle démocratie avec les référendums et dont le résultat oblige la politique en place à se rallier à l’avis du citoyen. Chose qu’il n’existe presque pas dans d’autres pays européens. Ou alors, le référendums ne sont que des avis dont le gouvernement en place n’est pas obligé de tenir compte.
En Belgique, il n’y a même pas de référendums.

Ce dimanche 9 février, les suisses devaient voter « oui » ou « non » pour une limitation de l’immigration européenne.
La Suisse ne fait pas partie de l’Europe. Elle n’est pas obligée de suivre les lois européennes et ne fait pas partie de la zone Euro.
Toutefois, ce pays a signé les accords de Schengen laissant la libre circulation des biens et des personnes. N’importe quel européen peut entrer en Suisse et y résider.

Ce petit pays a donc connu un afflux massif d’étrangers. Et, d’après les suisses, cela a eu pour effet de créer des problèmes de logement (manque de logements, augmentation des loyers,…) mais aussi une augmentation des dépenses publiques pour les étrangers européens et une inégalité salariale, certains étrangers acceptant de travailler pour un salaire moindre qu’un natif.

Le oui a été plus important en Suisse alémanique qu'en Suisse romande (RTS)
Le oui a été plus important en Suisse alémanique qu’en Suisse romande (RTS)

Le résultat de ce référendum est très très serré : 50.34% de « oui » à un retour au contrôle de l’immigration. On est loin d’une grande majorité comme on a pu l’entendre dans les infos télévisées en Suisse. D’autant plus que ce n’est pas 50.34% de la population suisse mais des votants : 56.5% de la Suisse a voté. On est donc loin d’une grande majorité de « oui », la moitié de la Suisse n’ayant pas donné son avis.

La Suisse va donc fermer ses frontières : il ne sera plus possible d’y entrer et d’y faire son petit nid douillet comme on le souhaite. On devrait toujours pouvoir y entrer avec une simple carte d’identité mais uniquement en touriste. Pour y vivre, il faudra du travail et pour le travail, il faudra l’accord du l’Etat. Un peu comme la carte verte aux Etats-Unis.

Du côté des résultats, le pays est coupé en deux (ça, en Belgique, on connaît) : d’un côté la Suisse Romande qui a voté « non » et d’un autre côté la Suisse Alémanique qui a voté majoritairement « oui ».

Du côté des réactions du peuple, voilà ce que cela donne sur la télévision publique suisse :

Je pense que cette immigration devrait être un peu mieux contrôlée voire même, comme certains pays l’ont fait, opter pour une immigration un peu plus qualitative.

La question est : qu’est ce qu’une « immigration qualitative »?
Des surdiplomés? Des personnes qui accepteront de faire des tâches que les Suisses estiment indignes d’eux?
Qui peut juger si une personne est plus « qualitative » qu’une autre?
Une personne totalement ignare en informatique mais qui a des mains d’or en ébénisterie est-elle une personne à rejeter parce que son diplôme n’a pas été obtenu par 5 ans d’études?
Un ingénieur architecte est peut-être balèze en architecture mais une vraie plaie en plomberie. Pourtant, sans plombier, nous n’aurions pas l’eau courante ni le chauffage central.
Et sans les éboueurs, nous serions tous dans la merde, au propre comme au figuré. Quels sont alors les critères pour dire qu’un emploi est meilleur qu’un autre ou qu’un diplôme est meilleur qu’un autre?

En premier lieu, ce sont les suisses qui doivent avoir un boulot. Puis quand je vois là, ce qu’il se passe, toutes ses bagnoles qui rentrent tous les jours, la pression sur les salaires et tous ces trucs là, c’est un problème.

Ou encore

C’est clair que les étrangers on en a besoin mais il ne faut pas arriver à un moment donné où on va payer les étrangers moins chers et que les Suisses iront au chômage.

Pour ce qui est des frontaliers qui viennent travailler en Suisse, il s’agit forcément des pays voisins. Donc, bien souvent, au même tarif horaire qu’un Suisse, à quelques piécettes près.
Par contre, en ce qui concerne l’inégalité salariale entre les pays d’Europe, je suis tout à fait d’accord. J’y reviendrai.

J’estime qu’à un moment donné il faut donner une priorité aux jeunes de chez nous pour aussi qu’ils trouvent du travail chez nous.

Rien n’empêche le jeune de, lui aussi, passer la frontière. La libre circulation des personnes, ça marche dans les deux sens.
Toutefois, tous les jeunes n’ont pas envie ou pas les moyens de déménager.

Pour 100 personnes qu’on accueille il n’y en a qu’un qui travaille et 99 qu’on sponsorise.

On aimerait pas que tout le monde, n’importe qui, arrive chez nous après on doit les entretenir et tout ça, ça coûte cher aussi

Je refuse de payer pour des infrastructures parce qu’il y a trop de frontaliers qui viennent sur notre territoire.

On note une certaine crainte pour le coût engendré par les étrangers.

A entendre les réactions, cela sent un racisme assez prononcé : un étranger ça ne sert à rien, il n’y a que les suisses qui valent la peine. Les étrangers coûtent à la communauté et ne rapporte rien.

Pour rappel, le racisme c’est considérer une race comme étant supérieure à une autre, voire toutes.
Dans ce cas-ci, on peut parler de racisme puisque les Suisses prônent leur nationalité.

Pourtant, je n’ai pas envie de dire que c’est du racisme mais plutôt un instinct de survie. Les Suisses ont peur que leur pays s’appauvrisse avec la venue en masse d’étrangers. Et cela se comprend vu que l’Europe est assez mal construite.

Au départ, l’Europe est une fabuleuse idée. Faire un continent européen aussi fort que le continent américain, c’est une bonne chose. De plus, permettre de passer d’un état à l’autre, comme aux USA, sans formalités, c’est une belle avancée.
J’ai toujours été pro-Europe. J’ai sauté de joie quand l’Euro est entré en service. Mais force est de constater que notre Europe est un échec.

Oui, moi, qui suis à fond dans cette construction européenne je deviens une eurosceptique.

Il y a plusieurs gros problèmes dans notre Europe actuelle.
Déjà, elle a été construite de toute pièce sans nous demander notre avis. Nous, le peuple européen, nous n’avons pas choisi les fondements de l’Europe. Il y a bien eu des référendums ici et là pour la constitution européenne mais on avait juste le droit de dire « oui » ou « non », pas de construire la constitution.
De plus, le gouvernement européen a été construit par des députés déjà bien en place dans leur pays qui voulaient un salaire plus élevé. Ce qui a créé un gouvernement de planqués. Il suffit de voir les nombreux reportages où les députés et ministres européens se sont fait prendre la main dans le sac en train de « pointer » puis repartir chez eux, sans assister à la moindre réunion.

Ensuite, il y a une inégalité flagrante entre les Etats. La différence salariale entre l’Europe de l’ouest et l’Europe de l’est n’est un secret pour personne.
Un roumain qui travaille pour des cacahuètes dans son pays et qui vient travailler en France ou en Belgique recevra l’équivalent d’1 an de salaire en à peine quelques mois de travail.
Cela pousse les employeurs à engager un roumain puisqu’ils pourront le payer moins cher qu’un natif. Et même comme ça, le roumain sera satisfait car cela sera toujours plus que ce qu’il gagnerait dans son pays. Et quand il retournera en Roumanie avec son salaire ouest-européen, il vivra à l’aise.
Cette différence salariale a provoqué un afflux massif d’est-européens à l’ouest. Les employeurs n’ayant aucun état d’âme si ce n’est celui de leur compte bancaire (je devrais peut-être mettre ça au pluriel) préfèrent nettement engager quelqu’un qui travaille pour trois fois rien. Ils oublient juste que le roumain va retourner dans son, pays avec l’argent gagné et que le belge ou le français se retrouvera au chômage et n’aura pas d’argent à dépenser pour acheter le produit fabriqué par le roumain.
Et on en arrive à une crise économique.

Ensuite, la différence au niveau des taxes est aussi à prendre en compte. Les taxes ne sont pas les mêmes d’une état à l’autre.
Aux USA également il y a des différences, mais elles ne sont pas aussi importantes que chez nous.
Ici, le travail est très peu taxé à l’est, d’où la délocalisation des entreprises. Un ouvrier qui coûte 3000€ à une entreprise en Belgique ne coûtera peut-être que 1000€ à l’est (non seulement les salaires sont plus bas mais les taxes sur le travail sont moins élevées).

Et, je pense, c’est cela qui fait peur à la Suisse. Ce ne sont pas les étrangers. C’est le foutoir qu’il y a en ce moment en Europe qui leur fait peur. Et cela se comprend.

Il suffit de voir l’Angleterre menacer régulièrement l’Europe de casser l’un ou l’autre accord.
Ou encore la Finlande (seul pays de Scandinavie à faire partie de l’Euro) à menacer de se retirer et de la monnaie unique et de l’Europe. A juste titre : la Finlande ne veut pas payer l’aide à des pays européens qui n’ont rien fait pour éviter la faillite.

Immigration-nonLe cas Suisse nous apprend plusieurs choses : les citoyens n’ont plus confiance en l’Europe. Car, ici, il s’agit bien de filtrer l’immigration d’étrangers européens. Pas arabes ou guatémaltais. Mais bien de français, de luxembourgeois, d’allemands, d’italiens, de belges, de hollandais,…
Tant que cette Europe sera inégalitaire, cela ne se passera jamais bien. Il faut impérativement mettre au même niveau les salaires et les taxes pour qu’une caissière dans un Carrouf de Paris coûte la même chose qu’une caissière dans un Carrouf de Varsovie.

Il faut aussi une meilleure démocratie. En Suisse, la démocratie est quasi totale avec les initiatives populaires et les référendums. Ailleurs en Europe, le citoyen n’a rien à dire sur ce qu’il se passe dans les décisions européennes. D’ailleurs, l’Europe est tellement opaque qu’on ne sait jamais ce qu’il s’y passe ni ce qu’il s’y discute. Ce n’est qu’une fois la loi votée que le peuple est mis au courant.
Et ça, dans un pays aussi démocratique que la Suisse, ça ne passe pas.
D’ailleurs, si on faisait le même référendum en Belgique ou en France, le résultat du vote sera identique voire plus grande vers les « oui » à une limitation de l’immigration.

Pour l’Europe, la liberté de circulation des personnes est très importante et n’est pas négociable. Pourtant, ces « journées portes ouvertes » est un système typiquement européen. Sur aucun autre continent il n’est possible de passer d’un pays à l’autre facilement. Généralement, en tant que touriste, une simple carte d’identité ou un passeport suffit. Et c’est largement suffisant pour visiter le pays. Pour y vivre, c’est différent : dans la plupart des pays il faut avoir trouvé un travail avant même de pouvoir s’y installer. C’est compliqué mais pas impossible.
Il n’y a qu’en Europe où un portugais peut s’installer sans conditions en Finlande (enfin, si : acheter des vêtements plus chauds).
Je vous invite à essayer de vous installer en Russie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada, au Mexique, au Maroc,…

Je ne connais pas les suisses plus que ça. Je n’en ai aucun dans mes contacts. Mais je ne pense pas que ce vote soit le résultat d’un certain racisme mais plutôt d’une certaine peur au vu de ce qu’il se passe dans l’Europe. Une Europe qui va mal, mal gérée et où les taxes pullulent comme les feuilles mortes sur les sorties d’autoroute en automne. Avec le résultat qu’on connaît tous : un taux de chômage élevé et des entreprises qui délocalisent à tour de bras.

Faut-il supprimer l’Europe et revenir à une monnaie nationale? Faut-il fermer les frontières hermétiquement? Faut-il interdire Justin Bieber?
Chacun pensera ce qu’il veut. Tout ce que je peux dire c’est « oui » à la question de Justin Bieber!

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